Dunkerque et Genève s'engagent dans l'écologie industrielle

Dunkerque et Genève, deux villes qui mettent l'écologie industrielle en pratique de manière très différente.

Les déchets d’une entreprise doivent devenir les ressources d’une autre. Tel est l’un des préceptes de base de l’écologie industrielle, une discipline fondée par des ingénieurs frustrés par le caractère trop vague de la notion de développement durable. L’approche a été adoptée dans la zone industrielle de Dunkerque, dans le nord de la France. Un membre de l’association Ecopal, qui réunit une centaine d’entreprises du site, a été invité à présenter, dans le cadre des jeudis de l’environnement organisés par la direction de l’environnement du canton de Genève, les réalisations auxquelles elle a donné lieu.

La crise de 2008 et ses suites ont incité les autorités de Dunkerque à promouvoir l’écologie industrielle, mais les entreprises avaient déjà commencé à la mettre en oeuvre. C’est notamment le cas de la gigantesque aciérie d’Arcelor Mittal.
Elle a mis sur pied dès 1986 un réseau exploitant ses rejets de chaleur, qui permet de chauffer environ cinquante mille habitants (dix-sept mille ménages), à travers quarante kilomètres de canalisations. Les opérations de l’usine génèrent également trois types de gaz. Elle a donc installé une centrale de cogénération d’électricité, dont un tiers de la production est utilisée sur le site et deux tiers sont injectés dans le réseau.

«La production d’une tonne d’acier engendre cinq cent cinquante kilos de sous-produits», explique Daniel Richard, ex-directeur de la valorisation des produits pour les huit sites de l’entreprise en Atlantique et Lorraine et administrateur et membre du bureau de l’association Ecopal. «L’objectif est d’en valoriser le maximum.» Actuellement, l’entreprise y parvient à 95%. Elle s’est notamment alliée avec le producteur de ciment écologique Ecocem pour construire des usines de ciment à côté de deux de ses raffineries, qui utilisent des coproduits issus des hauts-fourneaux. Le processus engendre vingt fois moins de rejets de CO2 que la production du ciment traditionnel, affirme Daniel Richard. L’entreprise trouve largement son compte dans ces efforts: la valorisation des co-produits lui procure trente-sept millions d’euros de revenus par année, alors que leur élimination coûterait très cher.

«Lorsque nous avons commencé à nous intéresser à l’écologie industrielle, il y a dix-huit ans, c’est le genre de choses que nous comptions réaliser à Genève», raconte Daniel Chambaz, directeur général de l’environnement de l’Etat de Genève.
On s’est cependant vite rendu compte que le canton ne s’y prête guère: il ne compte pas d’industrie lourde et les flux de matière y sont limités. Si on a réalisé un réseau de chauffage alimenté grâce aux rejets de chaleur d’un centre de données à Plan-les-Ouates, la
plupart des projets d’écologie industrielle se sont donc orientés dans d’autres directions, en cherchant d’autres manières de trouver des synergies entre les entreprises. «Nous nous sommes notamment concentrés sur une ressource particulièrement rare à Genève:
le sol», raconte Yves Cretegny, directeur de la Fondation pour les terrains industriels (FTI). Cet organisme gère la plus grande partie des zones industrielles du canton et est chargé de les transformer en écoparcs intégrant les principes de l’écologie industrielle. La FTI promeut donc la densification des zones, avec la construction de bâtiments de plusieurs étages, abritant plusieurs locataires qui peuvent partager des services. Les entreprises ont été incitées à se fédérer et à faire connaissance, pour trouver des possibilités de synergies. La création de lieux de rencontre (restaurants, salles de fitness, etc.) a été encouragée. Un réseau social a été créé pour qu’elles puissent échanger sur leurs expériences – GENIE.ch  – des projets concrets, comme la mutualisation de parkings, ont été lancés.

Article rédigé par Pierre Cormon, publié par le magazine Entreprise Romande, le 16 mars 2018.


Modéré par : Vincent Jay

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    par Rédaction|Genie.ch
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