[Entretien - Adrien Pradines - Losinger Marazzi] La maîtrise de l’économie circulaire sera un vrai avantage

  • par Rédaction
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  • 2020-01-06 11:13:30
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  • Genie.ch
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Prendre en compte la déconstruction dès le début d’un projet et réemployer autant que possible les matériaux fait partie de la philosophie de Losinger Marazzi. Adrien Pradines, responsable du service Rénovation Suisse Romande, de ce groupe actif dans le secteur du développement immobilier et de la construction, explique à Genie.ch les avantages de l’économie circulaire et se réjouit de l’émergence d’un cadastre des matériaux.

 

Les trois premiers quartiers en Suisse certifiés « Sites 2'000 Watts » par la Confédération (Greencity à Zurich, Erlenmatt West à Bâle et Im Lenz à Lenzbourg) ont été conçus et réalisés par Losinger Marazzi, groupe actif sur toute la chaine de valeur, allant de la conception, au pilotage et à la réalisation de quartiers durables. L’entreprise, qui compte quelque 500 collaborateurs en Suisse romande, dont environ 70 à Genève, s’est lancée dans l’économie circulaire depuis quelques années. Ce virage est à souligner, car le secteur de la construction a un rôle important à jouer, générant plus de 80% des déchets en Suisse, selon les chiffres du groupe dont l’origine remonte à plus de 100 ans.

Interview avec Adrien Pradines, directeur commercial Rénovation/Transformation Suisse Romande.

Quels ont été les éléments déclencheurs qui ont poussé Losinger Marazzi à se lancer dans l’économie circulaire ?

AP : Une prise de conscience générale en matière du réemploi s’est produite il y a environ 3 ans. Elle est venue notamment des collaborateurs, qui se sont fortement mobilisés. La nouvelle génération qui arrive dans l’entreprise a été sensibilisée à la prise en compte de l’environnement dans les actes de construction. En outre, Losinger Marazzi a toujours été pionnier en matière de labellisation sur ses projets immobiliers et de nouveaux labels intègrent aujourd’hui les critères de réemploi et de circularité.

Votre groupe a recouru aux principes de l’économie circulaire à plusieurs endroits en Suisse. Pouvez-vous donner quelques exemples concrets ?

AP : Sur plusieurs chantiers, nous faisons du béton recyclé ou prélevé sur place. Ainsi, pour le béton prélevé sur place, nous creusons sur le site du chantier pour récupérer les matières nécessaires à la constitution du béton. Grâce à cela, nous évitons de longs transports depuis les gravières.

Autres exemples : à Winterthur, nous avons remis en état et réutilisé des armoires à caractère patrimonial dans le cadre d’aménagements de bureaux. A Lausanne, sur un projet de construction d’un immeuble (démolition, reconstruction), nous avons récupéré tous les sanitaires du bâtiment démoli pour les installer dans nos bureaux de chantier. Dans les deux cas, tant l’idée que la mise en œuvre concrète ont été possibles grâce à fort engagement des collaborateurs.

Quels sont les avantages pour une entreprise d’appliquer les principes d’économie circulaire ?

AP : Pas le prix ! Aujourd’hui, on ne peut pas dire que c’est moins cher. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui nous intéresse : nous souhaitons améliorer nos compétences en matière de construction qui fait appel à l’économie circulaire et au réemploi de matériaux car nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un enjeu majeur dans notre branche. Dans un futur proche, les ressources de nos projets seront majoritairement issues de l’économie circulaire. Nous faisons le pari de l’économie circulaire et serons prêts, demain, lorsque les autorités imposeront ce type de démarche sur toutes les constructions, car c’est ce que nous prévoyons qu’elles vont faire.

L’utilisation responsable des ressources naturelles est également un enjeu économique. En effet, à terme, certains matériaux comme le sable vont se faire de plus en plus rares et il est essentiel de préserver ces matériaux afin de garder le contrôle sur les coûts de construction. La maîtrise de l’économie circulaire sera donc un vrai avantage.

 

Selon votre expérience, quelles sont les conditions nécessaires pour que l’économie circulaire prenne de l’ampleur ?

AP : Il ne faut jamais oublier que derrière toute avancée, il y a l’humain. Dans le cadre de l’économie circulaire, il faut que tous les acteurs se parlent afin que chacun puisse y trouver son compte. Nous poussons cette collaboration auprès des résidents de nos quartiers et on voit que dans les quartiers où les gens se prêtent les appareils et procèdent à des échanges de matériaux, il y a un vrai mieux-vivre et les immeubles se dégradent moins. Les impacts positifs dépassent ainsi largement le modèle économique lui-même.

Y a-t-il des résistances au réemploi de matériaux ?

AP : Concevoir un projet en pensant à sa future déconstruction n’est pas chose aisée si on ne change pas les habitudes et l’intégralité de la chaîne de production. Toutes les parties sont concernées et doivent s’impliquer : propriétaires, régies, architectes, ingénieurs, collaborateurs, etc. Quand on veut faire de l’économie circulaire, il faut penser de manière modulaire et prévoir la déconstruction. Cela dit, il faut écouter les contraintes des uns et des autres.

N’y a-t-il pas aussi des craintes de recourir à des matériaux déjà utilisés ?

AP : Oui, cette crainte existe. Parfois, les gens s’interrogent sur la qualité et la résistance d’un matériau déjà utilisé. Dans les faits, les matériaux résistent très longtemps, il s’agit davantage d’une question de responsabilité et de garantie. Mais les mœurs évoluent. Et quand de nombreux exemples démontreront que ces matériaux sont résistants, ces questions normatives évolueront.

Comment procédez-vous pour convaincre ?

AP : Nous sommes en plein dans ces changements et avons la chance d’obtenir des résultats rapidement. C’est d’ailleurs la culture du groupe que d’essayer de petites choses pour montrer que c’est possible avant de réaliser des projets plus grands. Ces tests concluants sont très importants pour convaincre, car ils prouvent la faisabilité et la fiabilité d’un nouveau système ou d’une technique innovante.

J’imagine aussi qu’un des freins tient à la difficulté de trouver un usage à chaque élément démonté…

AP : Oui, c’est la problématique du stockage intermédiaire : parfois on trouve un objet à déconstruire, mais personne n’en a besoin. Se pose alors la question de qui stocke et comment on finance l’entreposage. Il y a désormais des acteurs qui avancent dans ce domaine, tels que les plateformes Materiuum et Salsa avec lesquelles nous collaborons.

 

Outre ces plateformes, y aurait-il d’autres manières de faciliter l’économie circulaire ?

AP : Une autre aide importante tient à la cartographie des matériaux : pour pouvoir réutiliser des matériaux, il faut commencer par savoir où les trouver. Raison pour laquelle nous sommes partenaires - aux côtés de Swiss Prime Site, Swiss Re, des CFF et d’autres entreprises - de l’antenne suisse de la start-up néerlandaise Madaster qui est une bibliothèque en ligne de matériaux. L’idée sous-jacente est de cartographier les bâtiments afin que la qualité et l’origine de tous leurs matériaux soient enregistrées, ce qui facilite leur réutilisation. Ainsi, un architecte peut savoir pendant qu’il travaille sur un projet quels bâtiments seront déconstruits et quels éléments ils abritent, ce qui lui permettra de voir ce qu’il pourrait réutiliser. Un premier bâtiment de Swiss Prime Site à Berne, transformé par Losinger Marazzi est en train d’être cartographié. L’objectif est d’en trouver un également en Suisse romande.

Nous croyons beaucoup à un tel cadastre des matériaux à déconstruire, car à terme, il facilitera grandement la mise en relation entre les éléments disponibles et ceux qui sont recherchés.

 

Et quel est le rôle des fournisseurs dans l’économie circulaire ?

AP : Il est clair que l’économie circulaire changera leur rôle. Mais nous avons encore peu de discussions avec eux sur ces thématiques pour l’instant.

Losinger Marazzi est membre de Genie.ch

Entretien et rédaction réalisés par Aline Yazgi pour l'équipe Genie.ch

 

 


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