[Entretien - Maria Croci, Manotel] - « Une série de petites mesures qui ont un impact global »

Limiter le débit d’eau, remplacer les ampoules, installer des dispositifs pour éviter les consommations inutiles, empêcher une climatisation extrême, composter les déchets organiques, etc. Dans l’hôtellerie, de nombreuses actions sont possibles. Le point avec Maria Croci, directrice du Kipling et membre du comité de développement durable du groupe Manotel.

Il y a un an naissait « Youth for soap », une initiative des apprentis employés de commerce de l’Espace Entreprise visant à éviter le gaspillage en récoltant les savons usagés des hôtels afin de les recycler. Manotel a été le premier hôtelier à soutenir cette action, en fournissant les savons à recycler et en étant un partenaire financier important. Pourquoi avez-vous décidé de la soutenir ?

Maria Croci : L’idée est née du constat qu’une énorme quantité de savons finissent à la poubelle sans avoir été utilisés ou presque sans l’avoir été. Pour l’hôtel que je dirige (62 chambres), on parle de 500 grammes à 1 kilo par jour. Et pour les six hôtels du groupe (plus de 600 chambres), il s’agit d’une tonne par an. Quelques personnes de chez nous avaient réfléchi à la question, puis les jeunes d’Espace Entreprise sont venus avec cette idée qui consiste à récolter, nettoyer, râper et reconstituer les savons pour les rendre comme neufs (respectant notamment les normes d’hygiène). Ces derniers sont alors distribués à des associations genevoises aidant la population démunie du canton.

Ce projet s’inscrit-il dans une démarche plus large ?

M.C. : Oui. Nous avons débuté une démarche de développement durable il y a douze ans. Nous avons établi un programme en 10 points, se déclinant en 4 axes : nos clients, nos employés, la technique et l’énergie. A l’époque, nous étions parmi les premiers, et avions d’ailleurs gagné en 2008 le prix cantonal du développement durable. Notre programme est maintenant devenu une norme et aujourd’hui, en tant qu’hôteliers, nous estimons que ces points font partie de notre responsabilité.

Quelles actions prenez-vous en matière d’environnement en lien avec vos clients ?

M.C. : Nous ne nous contentons pas de donner la carte TPG à nos clients, nous les encourageons à utiliser les transports publics. Nous affichons par ailleurs dans les chambres nos engagements et demandons aux clients de réutiliser leur serviette. Avant, nous donnions l’argent économisé par cette mesure au WWF. Maintenant, nous le consacrons à Youthforsoap, car les différents partenaires essaient de développer ce projet avec la lessive, la lotion pour le corps et le gel douche, ce qui exigera des investissements supplémentaires. Il faudra en outre probablement une deuxième machine pour les savons, car nous sommes en discussion avec de nouveaux partenaires hôteliers.

De manière plus large, qu’entreprenez-vous pour diminuer votre consommation d’énergie ?

M.C. : Depuis 2014, nous travaillons avec AEnEC, l’Agence de l’énergie pour l’économie. Chacun de nos six hôtels a son certificat de « Protection volontaire du climat et efficacité énergétique ». L’agence établit une charte avec des actions à entreprendre. Ainsi, nous avons fait installer des brise-jets sur les robinets pour limiter le débit d’eau (9 litres par minute à la sortie des robinets, contre 17 à 18 litres sans eux), et ce sans impact sur la pression. Nous les avons installés sur les robinets et les douches, qui constituent parmi les plus gros postes en matière de consommation d’eau. Nous avons également isolé les tuyaux, pour éviter les déperditions de chaleur.

La climatisation représente un poste important en termes d’énergie. Avez-vous apporté une solution à cette problématique ?

M.C. : Au niveau de la climatisation, nous avons fait en sorte qu’il ne soit pas possible de baisser la température de la chambre en-dessous d’un certain seuil. La température minimale de la chambre dépend de la température extérieure, autrement dit, l'écart entre les deux est limité.

A souligner que malgré le fait que certains clients aiment qu’il fasse très froid dans leur chambre, ce système permet surtout de prévenir tout usage abusif de la climatisation. 

Qu’en est-il des consommations d’énergie dites inutiles ?

M.C. : Nous avons mis en place un système de cartes à la place des clés : ce sont elles qui permettent de faire fonctionner l’électricité. Ainsi, lorsque le client quitte sa chambre, tout s’éteint. Au niveau de l’efficacité énergétique, nous avons remplacé depuis des années nos ampoules par des LED dans toutes les zones publiques (restaurant, lobby, couloirs) et sommes en train de le faire dans les chambres. Il faut comprendre que ce n’est pas forcément simple, car cela implique souvent de changer toute la lampe, pas uniquement l’ampoule.

Nous avons également remplacé les pompes circulaires afin de pouvoir programmer le débit d’eau en fonction des périodes de forte utilisation. Nous faisons de même pour la ventilation dans la salle de bains. Nous ramonons aussi régulièrement les colonnes d’extraction d’air pour que les bouches de ventilation fonctionnent correctement et ne soient pas obstruées. Autre action : dans un de nos hôtels, nous avons installé des filtres solaires sur les fenêtres qui reçoivent beaucoup de soleil pour éviter que les chambres ne chauffent trop. Ce sont autant de mesures visant à éviter les consommations inutiles.

Dans l’hôtellerie-restauration, les restes d’alimentations et les lavures représentent un défi. Comment l’adressez-vous ?

M.C. : Nous avons un container spécifique pour les restes alimentaires et les lavures, afin qu’ils puissent être compostés. De manière générale, nous trions 17 types de déchets différents en nous assurant qu’ils ne sont pas mélangés avec d’autres. 

Avez-vous été confrontés à des difficultés lorsque vous avez introduit ces diverses actions, notamment en termes d’économie d’énergie ?

M.C : Dans l’hôtellerie genevoise, nous travaillons avec des gens provenant du monde entier. Il peut y avoir des disparités sur les pratiques en fonction de la provenance des visiteurs. 

Quels conseils donneriez-vous à d’autres établissements qui voudraient prendre des mesures environnementales ?

M.C. : Il faut commencer par faire adhérer les personnes, surtout au début. Trier, par exemple, demande plus de travail que de tout jeter dans un sac. Aujourd’hui, c’est un peu plus facile à faire passer, car les gens sont beaucoup plus conscients de cette thématique.

Il y a également un côté financier : si les immeubles ne sont pas nouveaux, il faut procéder à des travaux, ce qui coûte, et peut donc représenter un frein. Mais en principe à terme, on récupère cet investissement : c’est un argument important sans lequel il est plus difficile de motiver les gens à entreprendre de tels travaux.

Une prise de conscience collective est nécessaire et il est important que chacun contribue à cet effort. Exemple : ce n’est pas parce qu’on a un débit d’eau économique qu’il faut le laisser couler plus longtemps.

Il s’agit de toute une série de petites mesures qui ont un impact global et qui permettent des économies de coûts. Mais il est vrai que ces petits gestes ne se voient pas et sont difficiles à mettre en lumière. Raison pour laquelle, nous travaillons avec des labels, qui permettent de justifier, de prouver et de rendre visible ce que l’on fait. 

Entretien et rédaction réalisés par Aline Yazgi pour l'équipe Genie.ch.

Modéré par : Traduction Birdwell

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