Start-up circulaire N°1 - "La rentabilité ne dépend pas du fait qu'on soit circulaire ou non, mais du secteur d'activité"

  • par Rédaction
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  • 2021-07-19 14:10:59
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  • Genie.ch
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Cet été, nous donnons la parole à trois jeunes entreprises. Créées en 2020, elles évoquent pour nous leur modèle d’affaires, leurs ambitions et difficultés. Elles ont en commun une campagne de crowdfunding ayant très bien performé, l’envie d’une économie différente et la volonté de montrer que le modèle circulaire peut s’adapter à tous les secteurs d’activités. Aujourd'hui, interview avec le prestataire de livraisons par vélos-cargo OVO.

Felipe Barakat est l’un des trois co-fondateurs d’Ovo aux côtés de Loïk Emery et Olivier Starkenmann. Cette jeune société assure un service de livraison par vélos-cargo aux producteurs et commerçants qui n’ont pas les moyens ou la taille critique d’assurer eux-mêmes leurs livraisons. Elle souhaite décarboniser la logistique du dernier kilomètre et renforcer les circuits courts. Sa campagne de crowdfunding lui a permis de récolter plus de 25'000 francs, soit 40% de plus que l’objectif.

-D’où vous est venue l’idée de développer ce service ?

-Felipe Barakat. Ovo est en issue de deux idées. La première cherchait à connecter ville et campagne, et à favoriser les circuits courts. Les petits producteurs ont besoin d’un accès au marché et donc d’un outil logistique pour exécuter la vente. La deuxième idée consistait à vouloir offrir un concept de mobilité douce, en ligne avec la transition énergétique. C’est ainsi que nous avons cherché à améliorer l’efficience énergétique et économique du transport urbain de marchandises, avec des véhicules écologiques, qui réduisent la pollution sonore et atmosphérique, et améliorent ainsi la qualité de vie.

-En quoi ce service se différencie-t-il de ceux de vos concurrents ?

-F.B. Nous n’effectuons pas de livraisons uniques comme dans un modèle de vélo postal. Un des objectifs d’Ovo est de créer de la valeur ajoutée, en mutualisant les services. Nous disposons de trois micro-dépôts, l’un sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche, et en avons désormais un troisième à la Praille, à côté des voies ferrées, ce qui permet une logistique assurée à 100% par mobilité douce. Ces micro-dépôts sont tous situés juste en dehors du centre-ville, ce qui permet aux gens des zones agricoles et industrielles de déposer leur marchandise sans devoir aller au centre, ce qui leur évite bien des bouchons. Pour nous qui nous chargeons des livraisons à vélo, la proximité de ces micro-dépôts urbains nous permet de faire de fréquents aller-retour. Ils sont assez proches pour que ce soit rentable à vélo. Notre volonté est d’être compétitifs par rapport aux véhicules lourds et d’offrir un service similaire, en enlevant les coûts secondaires cachés que sont le bruit et la pollution.

-Pouvez-vous préciser comment votre service fonctionne, en particulier en matière de mutualisation ?

-F.B. Nous travaillons avec des entreprises, avec lesquelles nous fixons des créneaux horaires stables, ce qui évite que les produits attendent trop avant d’être livrés et nous permet d’offrir à nos coursiers des plages horaires connues à l’avance et d’au minimum trois à quatre heures d’affilée. Nous refusons en effet le travail sur appel.

Pour les petits producteurs avec peu de clients, nous mutualisons le service en livrant leurs marchandises en même temps que celles d’autres sociétés. Nous utilisons des logiciels pour optimiser les parcours, faciliter la réponse aux spécificités des adresses (ils donnent les informations sur la manière d’accéder à certains bâtiments) et indiquer le type de manutention nécessaire pour certains produits. Ces logiciels permettent d’améliorer l’efficacité, mais aussi la qualité des prestations. On ne se rend pas compte des problèmes liés à ce qui peut sembler des détails: si les clients ne sont pas correctement livrés, ils risquent de ne plus commander, même si le produit à la base est excellent. Prenez l’exemple de magnifiques légumes qui restent trop longtemps sur le pas de porte et flétrissent !

-Quelles difficultés avez-vous rencontrées et qu’avez-vous mis en place pour y remédier ?

-F.B. Le gros problème est la trésorerie, car les vélos cargo sont très chers. Quand nous avons un nouveau client, nous devons commencer par investir. Or la livraison n’est pas un service valorisé en soi : les géants proposent ce service gratuitement et on y trouve beaucoup de travail au noir, des éléments qui tirent les prix vers le bas. Dans ces conditions, il est difficile d’avoir un modèle d’affaires qui tourne, raisons pour laquelle nous faisons principalement de la récurrence avec les mêmes clients.

Quant à la solution, nous avons mené une campagne de crowdfunding pour augmenter nos ressources. Et désormais, nous allons essayer de chercher du leasing, condition pour pouvoir nous agrandir sans chaque fois devoir nous recapitaliser. Malheureusement, ce n’est pas du tout une prestation développée pour les vélos cargo.

-Est-ce possible d’être rentable (et de payer des salaires) avec un modèle circulaire ?

F.B. C’est ce que nous essayons de faire ! Notre personnel a des salaires corrects par rapport à ce qui se pratique dans le marché. Il est vrai que nous, les trois co-fondateurs, nous ne nous versons pas encore tous les mois un salaire. Cela dit, la rentabilité ne dépend pas du fait qu’on soit circulaire ou non, mais du secteur d’activité.

-Quels seraient vos conseils à d’autres entrepreneur-euse-s qui voudraient lancer une société éco-responsable ?

-F.B. On est un peu jeune pour donner des conseils ! Je dirais qu’il faut toujours garder à l’esprit de coller avec les prix du marché, même si on a des idéaux écologiques. C’est particulièrement important si vous avez pour clients des petites entreprises. Si la différence de prix est trop forte, elles ne vont pas passer par de tels services, car elles n’en auront pas les moyens. Et si vous voulez un impact environnemental fort, il faut qu’un maximum d’entreprises les utilisent !

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  • Dernière modération le 19/07/2021 - 18:17

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