Vers des parcs éco-industriels

Le canton de Genève veut transformer ses zones industrielles en parcs industriels, dans lesquels les entreprises mutualisent des ressources et développent des synergies.

Pierre Cormon

 Comment passer d’une zone industrielle, où chacun travaille dans son coin, à un parc industriel, où les entreprises profitent des synergies qu’elles peuvent développer avec leurs voisines ? « C’est une question qui m’obsède depuis quatre ans », raconte Yves Cretegny, directeur de la Fondation pour les terrains industriels de Genève (FTI), l’organisme qui gère la plus grande partie des zones industrielles du canton. Les autorités genevoises ont lancé le projet écoParc en 2014. Il s’agit de transformer le fonctionnement des zones industrielles du canton à la lumière de l’écologie industrielle. C’est la FTI qui pilote le projet.

Il faut commencer par détecter, dans chaque entreprise, quelles sont les possibilités de développer des synergies avec ses voisines. « Nous devons comprendre précisément ce qu’elles font, et cela est nouveau pour nous », explique Yves Cretegny. Les entreprises doivent également apprendre à se connaître mutuellement, alors que jusqu’à présent, chacune avait tendance à travailler dans son coin. Cela passe notamment par des ateliers réunissant les entreprises d’une zone. Les participants se penchent sur différentes questions pouvant faire l’objet de synergies : la sécurité contre les intrusions, la mobilité, l’énergie, les déchets et les services. La FTI a également mis une plateforme en ligne, genie.ch, destinée à aider les entreprises qui veulent s’inspirer de l’écologie industrielle et à présenter des réalisations dans la région. La création de synergies est très souvent une affaire de moment. Si les propriétaires de deux ou trois gros bâtiments décident de changer de chauffage, c’est l’occasion de créer un réseau à distance avec d’autres partenaires. « On ne manque pas de sources de chaleur dans les zones industrielles », remarque Yves Cretegny. « L’enjeu est plutôt de leur trouver des débouchés. » Un réseau de chaleur a déjà été créé dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO) pour valoriser les rejets thermiques d’un centre de données, et un réseau chaud/froid devrait être construit dans la zone de Riantbosson (Meyrin), grâce à une nappe phréatique voisine.

La FTI joue les facilitateurs. « De gros bâtiments ont été achevés avant la mise en service du réseau de chaleur de la ZIPLO », raconte Yves Cretegny. « Nous leur avons fourni des installations à gaz provisoires, le temps que le réseau de chaleur soit mis en service.» Dans la zone ZIMEYSA, la FTI veut remplacer les parkings à ciel ouvert de plusieurs entreprises par un bâtiment de parking de plusieurs étages. Cela permettrait de libérer des surfaces pour de l’exploitation et de mieux gérer la distribution des places de parc.

TIRER PARTI DES SYNERGIES

Mais ce genre de fonctionnement ne peut pas être imposé d’en haut. Il doit résulter de l’engagement des différents acteurs. Or, l’aménagement traditionnel des zones industrielles ne favorise pas leur rencontre, faute de lieux pensés à cet effet. « Pendant longtemps, soustraire un mètre carré à la production était considéré comme un crime », raconte Yves Cretegny. La FTI est donc en train de repenser l’aménagement des zones dont elle est en charge, afin d’y favoriser l’éclosion de lieux de rassemblement. Elle y encourage activement l’installation d’hôtels, de fitness, de restaurants ou de petits commerces. Tous ces équipements permettent de faciliter les rencontres et de limiter le trafic, les travailleurs de la zone n’ayant plus besoin d’en sortir pour bénéficier des services qu’ils proposent.

La réflexion sur l’aménagement va plus loin. Traditionnellement, il consistait à trouver pour chaque entreprise un terrain qui lui convienne, en termes de taille et d’accessibilité. A partir du moment où des entreprises sont amenées à collaborer, il faut gérer les nouvelles implantations d’une manière qui permette de tirer parti de possibles synergies. On peut aussi mettre côte à côte des activités qui n’ont pas les mêmes horaires, de manière à étaler le trafic engendré par les collaborateurs se rendant au travail. Il faut également réserver des espaces qui permettent d’implanter des équipements communs, comme la centrale d’un réseau de chauffage à distance ou un parking mutualisé.

Pour mener ce projet à bien, la gouvernance des zones industrielles doit être adaptée. Elle doit faire une plus large part aux utilisateurs. Le canton a donc créé des commissions écoParcs, qui comprennent des représentants des associations d’entreprises, des autorités communales et cantonales ainsi que de la FTI, qui anime les séances. Trois d’entre elles sont déjà actives et deux autres devraient être créées prochainement.

Source : Entreprise romande

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