ACV et avantage concurrentiel – retour sur l’Atelier GENIE #15 (14.11)

ACV et avantage concurrentiel – retour sur l’Atelier GENIE #15 (14.11)

Organisé le 14 novembre, le 15e atelier GENIE a réuni quelque soixante personnes dans la salle du Cercle du Rhône – merci à la FER Genève pour l’accueil ! – autour de l’Analyse de cycle de vie. Sept entreprises et organismes ont partagé leurs expériences, couvrant un large panel d’applications propres aux ACV.

Ressources, énergie, climat, etc. : comment identifier et prioriser les enjeux pour l’entreprise ? Eco-conception, consommation, positionnement ou certification : quelles applications pour le développement de ses activités ? Se lancer dans une ACV part d’une interrogation : elle doit consolider un modèle ou au contraire réorienter des choix sur la base de données solides. Intégrées aux stratégies d’entreprise, ses conclusions peuvent être traduites au niveau opérationnel et, in fine, en avantage concurrentiel.

Outil essentiel de la gestion durable, l’ACV offre une perspective holistique sur l'impact environnemental des produits et services. Elle évalue les impacts environnementaux (ressources naturelles, biodiversité, gaz à effet de serre, polluants, …) d’un service ou d’un produit et cherche à recenser et quantifier les flux d’énergie et de matière liés à chaque étape, de l’extraction des matières premières et au traitement des déchets en fin de cycle.

L'ACV se révèle stratégique pour les entreprises cherchant à intégrer la durabilité dans leurs pratiques commerciales ou initier une démarche d’éco-conception. Les avantages sont multiples, de la réduction des coûts opérationnels à l'amélioration de la réputation et de la fidélité des clients, toujours plus sensibles aux enjeux de durabilité. En outre, elle leur permet de prendre un temps d’avance sur l’évolution du cadre légal.

[L’ACV en sept partages d’expériences]

 

Pour la marque de chaussure et de vêtements de sport On Running, l’objectif de l’ACV est de documenter l’éco-conception des produits avec en ligne de mire une baisse de 55% de son empreinte carbone d’ici 2030 (par rapport à 2022). Les secteurs de l’habillement et de la chaussure comptent pour 2 à 8% des émissions de GES mondiales et l’analyse de leur chaine de valeur démontre que la partie production / finition est la plus émettrice de CO2e. Partant de ce constat, l’ACV menée par On Running avait pour ambition de définir les domaines d’impact de la marque afin de prioriser les interventions.

En ciblant l’intégrité de la biodiversité ainsi que la diminution des déchets et produits chimiques introduits dans l’environnement, la marque a construit un référentiel pour les processus d’innovation et de création qui se résume en trois points : recyclabilité, fourniture biosourcées (en majorité) et haute performance. Les process de fabrication sont eux aussi concernés, en visant moins de déchets. En outre, la démarche permet d’anticiper l’évolution des exigences légales (comme l’introduction de l’éco-score en France, prévu vraisemblablement pour 2025).

 

AELER a trouvé dans l’ACV l’outil de justification de ses avantages concurrentiels et l’a fait évoluer en un calculateur carbone mis à disposition de ses clients.

Start-up de la logistique maritime, AELER a développé un conteneur intelligent doté d’un système de traçage en temps réel. Grâce à un matériau composite, il offre un volume de chargement plus important et une isolation naturelle accrue. Des avantages concurrentiels certains, encore faut-il le démontrer ! À cette fin, une ACV a comparé l’impact carbone d’un conteneur traditionnel avec la solution AELER (économies de fuel, économies de matériaux à usage unique, réduction de pertes de cargaison, fin de vie du conteneur). Fort de ses résultats, l’entreprise s’est appuyée sur la méthodologie sous-jacente à l’analyse pour créer un calculateur dynamique de réductions de CO2e qui, mis à disposition de ses clients, leur permet d’affiner leur bilan carbone en fonction de plusieurs paramètres (nature du transport, voie maritime, etc.)

 

Au travers d’une ACV, Eldora, acteur de la restauration collective en Suisse, a cherché à se doter de données plus robustes afin de sensibiliser ses clients. En effet, les données à disposition dans les analyses d’impact de l’agroalimentaire ne couvrent généralement que 50% des impacts et leurs marges d’erreur sont de l’ordre de 50%.

L’entreprise s’est lancée dans l’analyse de ses fournitures, en cherchant à cibler le bilan GES, à hiérarchiser les impacts et à sensibiliser ses convives. L’analyse a fait apparaitre deux principales sources de GES : le bœuf et la chaîne du froid. De manière générale elle a souligné l’importance prépondérante du type d’aliment : de fait, « végétaliser » son repas est la meilleure solution pour limiter son impact carbone. Mais comment faire passer le message de manière incitative ? Afin d’aider sa clientèle à choisir en toute connaissance de cause, Eldora a créé un label qui reflète l’impact des repas : les menus accompagnés d’un petit nuage vert sont à « impact limité », jaune pour « modéré » et rouge pour « impact élevé ».

 

L’ACV a amené Proseed à réorienter son business model centré sur la valorisation de la drêche, un résidu de céréales issue de la fabrication de la bière (un gisement de 8 millions de tonnes par année en Europe), valorisée dans le fourrage ou les chaines de méthanisation. Cherchant un débouché dans l’alimentation humaine à cette intéressante source de fibres et de protéines, Proseed a mis au point une unité de production compacte pouvant être facilement installée dans les brasseries.

Une ACV a identifié les sources de CO2e du process de fabrication. Mais surtout, elle a démontré que l’empreinte carbone liée à la transformation de la drêche en produit alimentaire est similaire à l’empreinte des filières existantes. Cet exemple illustre l’importance de penser globalement : si l’on substitue une source de fourrage ou de biogaz, l’alternative doit se justifier en termes d’impact. Fort de ces résultats, Proseed a recentré son modèle d’affaires : de la fabrication d’ingrédient pour l’alimentation humaine, elle s’est repositionnée sur l’approvisionnement en sous-produits.

 

Les HUG ont mené une ACV pour définir les secteurs d’intervention les plus pertinents dans le cadre de la réduction de leur empreinte carbone (100 000 tonnes CO2e / an) et agir sur les pratiques des professionnels de la santé.

Si l’analyse a démontré que 34% de l’empreinte est liée aux bâtiments (chauffage et électricité inclus), l’enjeu était aussi dans le cadre de la Stratégie de Durabilité 2030 d’interroger la manière d’intégrer cette démarche au cœur du métier des HUG. En effet, un quart de l’empreinte est issue de la fourniture et de l’administration des médicaments. Dans ce domaine, deux sources sont ciblées par tous les hôpitaux du monde : les gaz anesthésiques (1 kg de desflurane libéré dans l’atmosphère équivaut à 2500 kg de CO2) et les bronchodilatateurs sous forme de spray.

Il s’est également avéré que d’autres sources potentielles ne pouvaient être intégrées à l’analyse, faute de données de référence. Cet état de fait souligne que les bonnes questions doivent se poser en amont afin de générer les données nécessaires à l’ACV.

 

Spécialisée dans l’IoT appliqué aux réseaux d’eau, Droople a cherché à mesurer l’impact de ses produits, révélant les carences existantes dans l’évaluation de l’empreinte eau.

Dédiée à la collecte de données, la société traque toutes les sources de gaspillage, les monitore en temps réel et le met à disposition des usagers sur une plateforme web. Dans le cadre de plusieurs certifications, Droople a cherché à se doter d’une analyse de performance globale et a lancé une ACV. Ce faisant, elle s’est heurtée à des difficultés en termes de disponibilité et d’exhaustivité des données mais aussi d’équivalence : comment convertir l'impact de l'eau en équivalent CO2 lorsqu'aucune donnée n'est pas disponible ?

En cherchant à acquérir des données de référence, il s’est avéré que l’évaluation de l’empreinte eau a encore du chemin à faire. Au final, les conclusions de l’analyse ont démontré l’impact positif de leurs solutions mais aussi les points d’amélioration qui font l’objet d’un plan d’actions.

 

Paléo Festival a cherché à réduire son impact carbone (estimé à 3 738 tonnes de CO2e en 2022) avec l’introduction de vaisselle réutilisable. Un défi aux multiples dimensions.

Si la majeure partie de cette empreinte (54%) est induite par les déplacements des spectateurs, le second poste (32%) est constitué des intrants : boissons, nourritures, etc. Face à cela, 850 000 gobelets lavables ont été introduits en 2009, impliquant la mise en place d’un circuit de lavage sur site. Un succès qui a encouragé Paléo à se lancer en 2022 dans la vaisselle réutilisable avec 180 000 bols et assiettes loués le temps du festival. Un vrai défi qui nécessite la mise en place de points de collectes, un système de lavage en partie sur site et qui occupe 200 collaborateurs.

Après deux éditions, le bilan est positif sur le plan de l’adhésion du public et du littering. Le bilan carbone n’est quant à lui pas à la hauteur des attentes : faute de prestataire en Suisse, la chaine logistique nécessite des transports importants. Une réflexion « locale » est en cours afin de disposer d’un stock suffisant de vaisselles en Suisse romande, de créer une laverie permanente sur le bassin lémanique et d’optimiser les transports.

 

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Auteur de la page

Sébastien Bourqui

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Modérateur

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