[Entretien avec Anne-Sophie Dunand-Blaesi] Aprotec: une approche éclairée de la durabilité et de la circularité

[Entretien avec Anne-Sophie Dunand-Blaesi]          Aprotec: une approche éclairée de la durabilité et de la circularité

Crééen 1958 à Carouge, Aprotec SA se positionne comme leader dans le domaine de l’éclairage de sécurité dans les bâtiments et des sources d’énergie de secours. Entreprise familiale, dirigée aujourd’hui par la troisième génération, la PME de la Cité sarde favorise la réparabilité et les circuits courts : son business model est un manifeste contre l’obsolescence programmée.

Rencontre avec Anne-Sophie Dunand-Blaesi, Directrice générale d’Aprotec SA

 

Comment intégrez-vous les questions de durabilité et de circularité dans vos produits et services ?

Pour nous, circularité rime avec réparabilité. Nos produits sont écoconçus, souvent en conservant la même base depuis 50 ans, et peuvent suivre l’évolution des normes.

Simultanément, nous cherchons la proximité de nos approvisionnements en privilégiant les fournisseurs suisses. Nous avons remplacé les batteries chinoises par des produits européens, faute de trouver un partenaire dans notre pays. En fin de cycle de vie, les produits sont démontés dans nos ateliers avant de rejoindre les filières de valorisation.

Vos produits sont estampillés Swiss Made mais quels critères appliquez-vous dans le choix de vos fournitures ?

En tant que PME, c’est auprès de nos fournisseurs que nous pouvons avoir le meilleur impact en termes de durabilité. Nous élaborons en ce moment une charte comportant une liste de critères pondérés – dont les principaux sont l’engagement RSE et la proximité - que nous appliquerons à nos principaux fournisseurs. La proximité est un enjeu crucial : privilégier les circuits courts nous permet de garantir des délais de livraison très courts tout en ayant des stocks limités.

 

Vous représentez la 3e génération à la tête d’Aprotec. Comment fait-on évoluer une PME vers les questions d’écologie industrielle ?

J’ai commencé par une étape de formalisation. Mais en faisant ce travail, je me suis aperçu que je formalisais des pratiques déjà en vigueur lorsque mon père dirigeait la société.

Ensuite, il fallait passer à la mise en œuvre. La difficulté dans une PME, c’est que vous ne pouvez pas disposer d’une équipe dédiée. Il faut initier une démarche basée sur le volontariat. J’ai lancé un appel à mon équipe pour constituer la green team Aprotec. J’ai reçu 15 réponses spontanées – sur 70 personnes. Un bon début, avec des collaborateurs issus de tous les départements mais surtout des jeunes. Pour que cette green team soit représentative j’ai convaincu quelques collaborateurs plus âgés de la rejoindre. Et ça a marché !

Est-ce que vous sentez un changement d’attitude de la part de vos clients ?

Ça commence enfin! D’un côté, la perception et l’importance données aux critères durables évoluent très rapidement. Et c’est un excellente nouvelle. De l’autre, certaines personnes sont plus dures à convaincre et ne voient pas forcément au-delà du prix. C’est pour cette raison qu’il y a dix ans, nous n’arrivions plus à entrer sur certains marchés avec des produits swiss made. Raison pour laquelle nous avions développé une gamme européenne pour contenir les prix. Aujourd’hui, et à plus forte raison après la période COVID qui a montré les points faibles des chaines d’approvisionnement, les questions de qualité et de provenance reprennent leur importance face au seul critère de prix.

Vous préparez votre certification BCorp et êtes labellisé Swiss Triple Impact. Qu’est ce que cela vous apporte ?  

La certification BCorp demande un important travail de formalisation mais c’est un objectif important pour partager notre engagement et démonter qu’en tant que PME il est possible d’agir avec des moyens à notre portée. Le Swiss Triple Impact est quant à lui un formidable outil pour motiver les équipes sur la route de la certification BCorp. Il nous amène à définir des engagements concrets et un planning avec des objectifs concrets à 6 ou 12 mois.

Entre 2021 et 2022, nous avons également pris part au programme de La Fabrique Circulaire. Passé le diagnostic, nous avons choisi le thème de l’écoconception. C’est dans ce contexte que l’on a remis au goût du jour l’un de nos appareils 100% suisse.

Quels conseils donneriez-vous aux entreprises qui veulent aller vers plus de circularité ?

Développer et renforcer le dialogue avec les entreprises du tissu économique adjacent. Ces échanges permettent de trouver des solutions communes, locales et durables. De plus, se faire accompagner par un programme comme celui que propose La Fabrique Circulaire permet d’avoir des experts et d’engager cette mise en réseau. La circularité est un vrai challenge pour les PME, mais avec le recul que nous avons, nous voyons des résultats et ils en valent réellement la peine !

www.aprotec.ch               

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Auteur de la page

Sébastien Bourqui

Genie.ch