[Entretien avec Rémy Jaffray] PôleBio : le futur site genevois de valorisation des déchets organiques

   [Entretien avec Rémy Jaffray]  PôleBio : le futur site genevois de valorisation des déchets organiques

En 2024, une nouvelle unité de valorisation des déchets organiques sera mise en activité dans la ZI du Bois-de-Bay, sur le site d’une gravière désaffectée. Elle traitera une partie des déchets de jardin et l’intégralité des déchets de cuisine (épluchures, déchets de cuisine, reste de repas) du canton. Concrètement, PôleBio produira du biométhane, des engrais organiques et du compost issus de matières renouvelables – sans oublier l’électricité d’origine solaire produite sur son toit.

Au-delà des aspects techniques, les objectifs de PôleBio sont multiples : accompagner les Genevois dans la construction d’un canton plus résilient, renforcer l’économie circulaire sur le territoire et participer à la construction d’un monde plus durable grâce à un geste quotidien simple : trier ses déchets organiques.

Le projet, issu d’un partenariat public-privé, réunit le canton de Genève, SIG – Services Industriels de Genève et Helvetia Environnement.

Entretien avec Rémy Jaffray, Directeur de PôleBio Energies SA

La valorisation des déchet organiques à Genève n’a rien de nouveau. Pourquoi ce projet ?

Depuis 1985, les déchets de jardin et les déchets organiques ménagers sont valorisés par l’installation de méthanisation-compostage de Châtillon, à Bernex. Mais cette installation arrive en fin de vie.

A cela s’ajoute la nouvelle loi de gestion de déchets et le Plan de Gestion des Déchets 2020 – 2025 du canton qui vise à accroitre considérablement la valorisation des déchets organiques en imposant le tri à la source des organiques, afin de réduire les volumes de déchets incinérés. Enfin, rappelons que la future usine d’incinérations, Cheneviers IV, est en cours de construction et que ses capacités ont été réduites par rapport à Cheneviers III afin de prendre en compte l’augmentation du taux de recyclage dont les déchets organiques sont les premiers concernés.

Que représentent les déchets organiques à Genève ?

En 2019,45 000 tonnes de déchets organiques ont été incinérés, soit environ un tiers de tous les déchets urbains incinérés. L’objectif est de réduire ce tonnage de moitié d’ici 2026.

Il faut aussi savoir qu’à peine la moitié des déchets organiques du canton sont valorisés à ce jour. C’est dans ce contexte que leur collecte a été développée auprès des particuliers avec la « P’tite poubelle verte » dont PôleBio doit assurer la valorisation.

Il est aussi question d’améliorer le bilan global de la chaine de valorisation. Par exemple, les lavures, soit les déchets de cuisine des restaurants, sont actuellement traités dans les cantons de Vaud et du Valais. Nous supprimerons des transports en les revalorisant ici.

Quelles seront les capacités de PôleBio ?

Dès sa mise en service, le site pourra valoriser près de 48 000 tonnes de déchets organiques par an. Mais nous disposons d’une capacité d’extension. Autrement dit, nous pouvons faire face à une augmentation du taux de collecte d’ici à 2050 sans travaux significatifs supplémentaires.

L’usine produira l’équivalent de 25 GWh d’énergie sous forme de biométhane injecté dans le réseau de gaz des SIG.  Ce qui représente les besoins de 4000 foyers.

En outre, au terme du processus de biométhanisation, il reste une matière très riche en carbone, en azote, en phosphore et en potassium que l’on appelle le digestat. En d’autres termes du lisier, un engrais organique que nous écoulerons auprès des agriculteurs, en complément de la filière compostage sur le modèle de ce qui se fait à Châtillon. Concrètement, le site produira à terme chaque année 20 000 m3 de biofertilisant et 12 000 tonnes de compost.

Le tableau ne serait pas complet sans la centrale solaire d’une puissance de 1.4 MWc installée en toiture ; ce qui ne sera pas consommé sur place sera réinjecté dans le réseau. C’est donc bel et bien un projet multiple, raison pour laquelle PôleBio est également intégré au Plan directeur de l’Énergie 2030 pour la valorisation de la biomasse.

Revenons aux biofertilisants. Quels sont les enjeux en présence ?

De manière globale, nous rendons à la nature une matière organique que nous lui avons prélevée. C’est particulièrement important dans une région comme Genève où les sols s’appauvrissent parce qu’il y a peu d’élevage, qui représente habituellement la principale source d’amendement naturel.

A terme, nous avons pour ambition de couvrir 10 à 20% des besoins de l’agriculture genevoise. Ce qui signifie retirer autant d’engrais de synthèse de la filière. PôleBio apporte une solution qui soutient l’agriculture locale dans l’évolution des pratiques et garantit une part des approvisionnements en intrants. Avec la flambée des prix des engrais de synthèse, cette thématique a repris en importance.

Techniquement, est-ce que l’on peut parler de site nouvelle génération ?

La technique de biométhanisation est courante mais ce qui est novateur c’est la compacité de l’installation. Si je compare PôleBio à d’autres sites suisses ou allemands, nous aurons sur 16 500 m2 les capacités de valorisation de installations occupant 25 à 32 000 m2.

Autre point fort, un trieur optique très perfectionné nous permettra de retirer les indésirables de la matière organique – je pense notamment aux plastiques, un fléau ! La législation impose des critères drastiques aux produits utilisés par l’agriculture et l’enjeu est important : boucler la boucle de l’économie circulaire. Je lance un appel : ne mettez aucun plastique d’aucune sorte dans votre poubelle verte ou dans les déchets de jardin. Le tri à la source est crucial pour maitriser la qualité et les coûts de la valorisation.

Comment garantir l’absence de nuisances pour les riverains ?

Nous maîtrisons totalement la question des odeurs, un point crucial qui a structuré le projet dès le début. Le site PôleBio est confiné, il est sous cloche en quelque sorte, et l’air qui en sort est traité. Ce concept appliqué à un site comme le nôtre est unique en Suisse. Concernant le trafic, il n’y aura pas d’impact supplémentaire, dans la mesure où le site est proche des Cheneviers et du site existant de Châtillon.

Pourquoi avoir choisi cet emplacement et que deviendra le site de Châtillon ?

Son emplacement est guidé par l’usage. La zone industrielle du Bois-de-Bay est dédiée aux activités de recyclage et est l’unique ZI du canton pouvant héberger une telle activité.

Son emplacement est également idéal parce qu’il est à la fois, à la confluence des deux rives, aux portes de la campagne genevoise, au contact du monde agricole et proches des sites de traitement des déchets. Je parlais des Cheneviers mais je pense aussi aux recycleurs présents dans la zone.

Alors que PôleBio s’installe sur une ancienne gravière, la majeure partie du site de Châtillon sera rendu à la nature. Il ne restera que l’espace de récupération.

 

Infos et contact sous www.polebio.ch

 

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Auteur de la page

Sébastien Bourqui

Genie.ch